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Une scène digne d’un film d’action s’est produite récemment au Tribunal de Libreville. Selon plusieurs sources relayées par la presse en ligne, une femme, excédée et visiblement à bout de nerfs, aurait tenté d’incendier le greffe ainsi que son personnel. La raison invoquée : un dossier foncier disparu depuis 2022.Quatre ans d’attente. Quatre ans d’incertitude. Quatre ans d’espoir suspendu.
La scène, choquante et inquiétante, rappelle à quel point les frustrations accumulées dans certains dossiers judiciaires peuvent se transformer en crise. Mais une chose doit être dite avec clarté : la violence ne peut jamais être une solution. Arroser de pétrole des agents publics – des pères et des mères de famille – qui exercent leur mission constitue un acte grave, criminel, qui appelle une réponse judiciaire ferme.
Mais au-delà de l’émotion, une question fondamentale se pose : qu’avons-nous fait de la souffrance de cette femme pendant ces quatre années ?
Quand l’administration devient une épreuve
Dans de nombreux pays, la perte d’un dossier judiciaire est aujourd’hui devenue presque impossible grâce à la numérisation des procédures.
Au Rwanda, par exemple, le système judiciaire fonctionne avec une plateforme numérique appelée IECMS (Integrated Electronic Case Management System). Les dossiers sont enregistrés, tracés et consultables électroniquement. Résultat : moins de pertes de documents, moins de lenteurs administratives et davantage de transparence.
En France, s’attaquer à un greffier ou à un agent judiciaire est considéré comme une atteinte directe à l’autorité de l’État. La réponse pénale est rapide et les tribunaux bénéficient d’une protection renforcée.
Aux États-Unis, la sécurité des tribunaux est une priorité. Les visiteurs passent systématiquement par des contrôles de sécurité comparables à ceux des aéroports. On n’entre pas dans un palais de justice avec des produits inflammables comme dans une simple boutique.
Une leçon pour notre système judiciaire
L’incident survenu à Libreville ne doit pas être traité comme un simple fait divers. Il révèle trois défis majeurs auxquels notre système judiciaire doit répondre.
1. Mettre fin aux dossiers papier perdus
La dépendance exclusive au papier expose les institutions à des pertes, des dégradations et parfois à des manipulations.
La numérisation des greffes est aujourd’hui une nécessité stratégique. Chaque dossier doit pouvoir être enregistré, archivé et suivi électroniquement.
2. Garantir la sécurité du personnel judiciaire
Les magistrats, greffiers et agents du tribunal doivent pouvoir travailler sans crainte pour leur sécurité.
L’installation de portiques de détection, de contrôles à l’entrée et de dispositifs de surveillance est devenue indispensable.
3. Renforcer la responsabilité administrative
Lorsque des dossiers disparaissent ou restent bloqués pendant des années, la confiance des citoyens s’effondre.
La lenteur administrative, lorsqu’elle prive une personne de ses droits ou de ses biens, peut elle aussi devenir une forme de violence institutionnelle.
Restaurer la confiance
La justice n’est pas seulement une institution : elle est le pilier de la confiance entre l’État et le citoyen.
Lorsqu’un dossier disparaît pendant des années, ce n’est pas seulement un document qui se perd : c’est une vie qui reste suspendue, un projet qui s’arrête, une famille qui attend.
On ne peut pas demander au peuple de respecter la justice si la justice elle-même donne parfois l’impression d’égarer la vie des citoyens dans des tiroirs poussiéreux.
Cet incident doit donc être entendu comme un signal d’alarme. Non pour justifier la violence, mais pour rappeler qu’un système judiciaire moderne doit être rapide, sécurisé, transparent et responsable.
Car au fond, une justice forte ne se mesure pas seulement par ses lois…
mais par la confiance qu’elle inspire à ceux qu’elle est censée protéger.
Les Objecteurs.
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